Amandine Orriols : changemaker du matin

Personnalité lumineuse et engagée, Amandine est une entrepreneuse du matin. Son réveil est une fête alors que pour certains, c’est une tempête. Il y a deux ans, elle décide de vous faire changer d’avis et de bousculer vos habitudes. Comment ? Avec Newake, créé en 2015. Épaulée par sa soeur Claire, (elle aussi adepte du lever tôt et du manger sainement) elle rapporte de l’étranger de nouveaux rituels bien-être qu’elle injecte dans votre quotidien. Développé à la base pour les femmes, Newake est un service d’épanouissement personnel qui associe bien-être & business. Quatre villes sont vite séduites par le concept. Mais à l’automne 2017, Amandine et Claire décident de faire pivoter Newake et de lui donner une nouvelle orientation : difficile de trouver un modèle économique stable et rentable avec les “before work”, alors pour les deux sœurs, c’est changement de direction. Elles décident de développer avec Newake une nouvelle méthode pour manger sainement.

Claire et Amandine Orriols – Photo © Arnaud Saguer

A 29 ans, Amandine a déjà monté deux entreprises, changé d’associé, pivoté…  Nous avons fait appel à elle pour venir réveiller le 24 novembre prochain nos neuf porteurs de projets, inscrits à la formation “Entrepreneur culturel à l’ère numérique”.  A cette occasion, nous avons souhaité la faire témoigner sur son parcours d’entrepreneuse.

Anne-Charlotte Eriau : C’est quoi Newake ?

Amandine Orriols : Tout démarre quand je rentre en France après 5 ans à l’étranger. De mes expériences de vie en Argentine, Australie et aux Etats-Unis, je ramène ma nouvelle passion du yoga, mes habitudes alimentaires que j’ai révolutionnées, & mon amour pour le matin.
Long story short, je propose à ma soeur Claire de se lancer avec moi dans cette aventure & toutes les deux on crée Newake en 2015, avec pour but de partager notre secret du bonheur : le “miracle morning”. Notre concept matinal s’articule autour de 3 dimensions : BOUGER (séance de yoga) — SE DÉVELOPPER (atelier coaching) — MIEUX MANGER (un petit déjeuner healthy & des conseils nutrition).
Aujourd’hui Newake a grandi : nous proposons des évènements beforework réguliers dans 4 villes en France (Paris, Bordeaux, Montpellier, Pau) grâce à notre équipe de 4 Ambassadrices, ainsi que des programmes de bien-être au travail.
Récemment, nous avons pris la décision d’arrêter les événements beforeworks (je détaille dans cet article Medium pourquoi). Notre vision de départ, partager ce “miracle morning” pour créer un déclic est juste une partie, un outil d’une vision plus globale. Avec Newake, nous continuerons à rassembler autour de rendez-vous yoga/nutrition. Nous travaillons également sur un nouveau projet qui devrait voir le jour en début 2018.

 

ACE : A quels besoins réponds tu ?

AO : Newake c’est pour toutes celles et ceux qui s’ouvrent à un mode de vie plus sain, recherchent un épanouissement personnel et professionnel mais ne savent pas par quel bout commencer. On leur propose une expérience immersive qui peut agir comme un déclic, en leur donnant des options et des idées à intégrer dans leur quotidien.

 

Photo © Newake

ACE : Quel conseil donnerais-tu à un entrepreneur qui se lance ?

AO : Tester son service ou son produit à petite échelle dès que possible. Apprendre de ses expérimentations, demander du feedback aux utilisateurs et recommencer dans une boucle de tests et améliorations sans fin pour se rapprocher finement des attentes de ses clients!  
Sur un plan plus psychologique, ce serait de croire en soi, en ses capacités mais aussi de faire confiance au processus, accepter les hauts, les bas, les rebondissements. Réussir dans l’entrepreneuriat n’arrive pas du jour au lendemain (ou rarement!).

 

ACE : Quelles sont les qualités indispensables d’un entrepreneur ?

AO : Humilité – Persévérance – Positive attitude.

 

ACE : Quels outils numériques utilise-tu dans ton quotidien d’entrepreneuse ?

AO : Spotify pour écouter des musiques qui m’inspirent et m’accompagnent dans mes élans de créativité.   Sinon les classiques Slack pour communiquer avec l’équipe au quotidien, Trello pour planifier les projets & la suite Google (Gmail, Drive, Calendar, Keep) que je n’ai plus besoin de présenter je crois ! C’est ma soeur qui s’occupe des réseaux sociaux donc je suis exempte d’Instagram & Facebook, bien qu’on les utilise au quotidien pour notre business. J’ai testé des dizaines d’outils et ce qui marche pour moi c’est la version minimaliste : moins j’en ai, moins je procrastine. Juste le minimum vital pour être efficace. Less is more.

 

ACE : Quels rendez-vous conseilles tu ? Sur Montpellier, en France, sur le web aux entrepreneurs curieux ?

AO : À Montpellier, je suis une adepte des WonderMeufs, “le réseau des femmes d’Occitanie qui veulent bouger le monde” & j’ai une affection particulière pour le rendez-vous mensuel des PLUGS, là où j’ai atterri à mon tout début de l’aventure entrepreneuriale.
Plus largement, je suis pas mal d’entrepreneurs du web sur la toile(principalement sur YouTube) : Margaux Klein pour le marketing éthique, Olivier Roland pour le blogging,  Marie Forleo (Américaine) ou encore Melissa Ambrosini (Australienne).

 

ACE : 91%* des salariés français ne se sentent plus engagés dans leur travail. As tu connu ce sentiment ?

AO : Totalement. C’était dans mon époque Chef de Projet Digital dans l’agence de com’ MRM Argentina à Buenos Aires. Les projets se suivaient et j’avais l’impression d’être un citron que l’on pressait jusqu’à qu’il ne donne plus de jus, loin de l’idée de co-création et d’épanouissement dans mon travail que l’on m’avait vendue.

 

ACE : As tu “switché” de métier ?

AO : Oui. Je suis passée de chef de projet digital dans une grande boîte à entrepreneur et j’ai récemment rajouté une corde à mon arc : professeur de yoga.

 

ACE : Si oui, peux tu nous raconter comment tu as fait de ta passion ton métier ?

AO : En 2013, je suis chef de projet pour les marques L’Oréal & Maybelline à Buenos Aires. Un jour, alors que je suis en réunion chez eux, ce qui me frappe c’est ce monde superficiel pour lequel je travaille et qu’indirectement j’alimente. Je commence à me poser des questions : pourquoi je fais ce que je fais ? Quelle est ma contribution dans ce monde ? La machine de recherche de sens est lancée.
Un fois bien clair dans ma tête mon choix de démissionner, le reste a suivi organiquement. J’ai exploré personnellement des choses que j’aimais faire et elles sont devenues mes passions quotidiennes (i.e. yoga).
Les rencontres d’entrepreneurs pendant mes voyages m’ont montré qu’il était possible de vivre de ses passions. Une fois de retour en France, je me suis fait confiance et je me suis lancée.

 

Photo © Newake

 

ACE : Qu’est-ce qui a fait que tu t’es senti capable d’agir ?

AO : Puiser l’inspiration dans des mentors, voir que d’autres personnes l’ont fait, se sont lancées et ont réussi a été un déclic. Je me suis dit : “si il ou elle peut le faire, je peux le faire aussi!”
Dans l’opérationnel comme dans la vision, c’est aussi le fait d’être deux qui m’a donné des ailes. Ma soeur est mon plus grand soutien et être plusieurs pour démarrer une aventure c’est un sacré avantage (avantage si c’est la bonne équipe, sinon ça peut vite tourner au cauchemar!).

 

ACE : Selon toi, quels sont les freins majeurs du passage à l’action en France ?

AO : Le mindset — l’état d’esprit — de la plupart des Français en est le frein principal.
On est élevé dans une culture de modestie (et non pas d’humilité). Une culture où briller un peu est acceptable mais il ne faut surtout pas se faire remarquer, sortir trop des lignes dans un sens comme dans l’autre.
Pour devenir entrepreneur, il faut accepter de se planter souvent, de sortir de sa zone de confort, de sortir des cases pour alors peut-être pouvoir réussir.  

 

ACE : Comment bien choisir son associé ?

AO : Bien choisir son associé se résume en 2 points selon moi :

  • Trouver une personne qui peut apporter une expérience et des compétences différentes des vôtres
  • Vérifier que cette personne partage vos valeurs, votre esprit d’entreprise et votre vision

 

ACE : Quels sont les effets du yoga sur le corps ?

AO : Le yoga amène à prendre conscience de son corps, à se sentir connecté à soi mais aussi au collectif, et à faire des changements cohérents dans son mode de vie pour un avenir plus durable ; toutes ces réflexions participent à un épanouissement de l’individu qui impacte in fine la santé globale de l’entreprise.  
Sans parler des entreprises anglosaxonnes qui ont souvent un cran d’avance, les entreprises françaises s’y mettent elles aussi. C’est le cas de Décathlon, BNP Paribas, OVH, Orange, ou encore Cultura.

 


Photo © Newake

 

ACE : C’est quoi ton bureau idéal ? Et où travailles-tu ?

AO : Lumineux. À la fois ouvert et intimiste.
Personnalisable pour retrouver un peu de moi dans mon espace de travail.
De temps en temps (surtout quand je suis en vadrouille), j’aime travailler depuis un café ou un espace de coworking. J’ai mes coins fétiches : l’Anticafé République quand je suis à Paris, Coswos quand je suis à Montpellier et le JAT’ Café ici à Bruxelles.

 

ACE : Aux Magasins Généraux à Pantin, l’agence de publicité BETC a décidé de réenchanter le monde du travail en créant des espaces de bureaux 100% libérés, avec des espaces modulables à l’envie, comme dans les pays nordiques. Qu’en penses tu ? Serais tu une utilisatrice ?

AO : J’adore l’idée ! C’est ce que recherche la génération des millenials dont je fais partie. Un cadre de travail pour la structure d’un côté, une grande liberté pour laisser la place à la créativité de l’autre.
Le mot “travail” au sens étymologique du terme n’a plus sa place (du latin trepalium, qui désigne un instrument de torture). Les bureaux sont remplacés par des espaces de partage et de plaisir.  
Si ce bâtiment était ouvert aux personnes extérieures à l’agence, j’y passerais volontiers.

 

ACE : Que penses tu des tiers-lieux, ces nouveaux espaces connectés et mutualisés qui superposent des activités et des services au sein d’un seul et même espace pour expérimenter de nouvelles manière de faire et de travailler ?

AO : Les tiers-lieux, c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour tisser des liens avec des personnes qui ont ces mêmes valeurs d’ouverture, de partage, cette vision de “change maker” mais qui viennent d’univers différents. C’est génial de pouvoir avoir accès à autant de diversité et de richesse dans un même lieu.  

 

ACE : Tu as beaucoup voyagé. As tu foulé un tiers-lieu qui t’a inspiré ?

AO : Vuka Collective à Austin.
Urban Station à Buenos Aires.
Mais sans aller si loin, je suis fan de VOLUMES à Paris.

 

ACE : La fondatrice de My little Paris a ouvert récemment MONA, le nouveau lieu dédié aux femmes et à l’entrepreneuriat féminin. Un modèle ? Une envie ? Quelles perspectives pour Newake ?

AO : J’adore l’idée que les femmes aient un lieu où se rencontrer et où se soutenir pour oser se lancer. C’est dans l’air du temps de créer son “crew” d’entrepreneures.
MONA est une inspiration personnelle mais pour Newake, nous avons d’abord beaucoup de choses à faire en ligne avant de créer un lieu d’inspiration. Ce n’est pas dans les projections à court terme, mais pourquoi pas dans quelques années ?!
Le futur immédiat de Newake, c’est le développement de produits et services autour de la nutrition en ligne qui devraient voir le jour d’ici peu.

 


Photo © Newake

Merci.

* “Trend Observer” d’Ipsos 2016
Photo de couverture d’article © Mathias Chauvy

A propos

Anne-Charlotte Eriau
Anne-Charlotte Eriau

Anne-Charlotte Eriau est chargée de projets culturels chez illusion & macadam. Elle accompagne des entrepreneurs culturels et créatifs à structurer leur projet. Elle collabore également au développement d’une future halle créative pour l’automne 2018 à Montpellier, inspirée des tiers-lieux et initiée par la coopérative.

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