La scénographie numérique : une révolution pour votre mise en scène ?

Scénographie numérique Serge Meyer

Faire voler un rocher sur scène, créer un décor qui réagit à la présence des artistes… vous en rêvez ? Révolutionnaire en l’an 2000, largement démocratisée en 2016, la scénographie numérique a profondément bouleversé notre approche de la scène. Aujourd’hui, des technologies accessibles, permettent de créer des décors sans limites. À l’heure où on met du « numérique » partout,  nous avons demandé à Serge Meyer, artiste scénographe et formateur, de nous éclairer sur le sujet et de nous donner quelques exemples des possibilités qu’elle offre. Entretien…

Nouvelles technologies, prolifération des supports, accès à la connaissance… la révolution numérique a profondément changé notre rapport au monde. Le spectacle vivant n’est pas en reste et a donné, dans ce contexte, une place nouvelle à ceux qui travaillent, non plus pour, mais avec les artistes.

Serge Meyer est artiste scénographe d’images pour le théâtre, la danse et l’opéra. Selon lui, « il convient de dissocier décor et scénographie, dans le spectacle vivant. Là où le décor a une fonction ornementale, la scénographie lie intimement l’artistique et l’espace dans lequel se déroule la création ». À propos de scénographie numérique, il précise : « À la fin des années 90, nous utilisions le terme « numérique » en prédisant que toutes les technologies à venir allaient l’être. »

Mais la réalité est bien plus complexe : « On utilisait ce terme parce qu’à cette époque on voulait voir de l’image numérique sur scène. Mais hors du contexte des nouvelles technologies, ça ne veut pas dire grand chose. » En effet, Serge nous décrit un changement de rapport au métier dont on trouve les balbutiements dès les années 60, dans le travail de Josef Svoboda.


Interview du commissaire de l’exposition « Joseph Svoboda »
pour l’émission « Bretagne actualités » (28 déc 1966)

C’est donc plutôt de « scénographie à l’ère numérique » qu’il convient de parler : une approche de la mise en scène « en phase avec son temps », faisant appel à la fois à des techniques traditionnelles et des technologies nouvelles et se nourrissant de la capacité des créateurs à se renouveler sans cesse. Serge voit d’ailleurs plus le scénographe comme « un chercheur qui traduit la pensée d’un auteur sous forme scénique » que comme un technicien audiovisuel. « Dans certains projets, le média numérique peut d’ailleurs être complètement absent. En fait, ce que la scénographie a de numérique, c’est ce qu’elle génère comme moyens d’écriture, la manière dont elle s’adapte aux différents publics et leur propose une expérience nouvelle du spectacle. »

 

Nous avons demandé à Serge Meyer de nous donner, à travers une sélection de photos et de vidéos, une idée des possibilités infinies qu’elle offre. Immersion…

Faire de la 3D avec… du polystyrène

« Cet exemple montre qu’on peut faire tout, absolument tout avec la scénographie numérique. Il n’y a plus aucune limite à votre imagination.


« 3 rêves non valides » – Art Zoyd (rêve n°2, Serge Meyer)

Le rêve n°2 montre un écran de 8000 sphères qui permet de projeter des images en trois dimensions sans avoir besoin de lunettes. Les images projetées sont travaillées pour sculpter l’écran dans sa profondeur. “

 

Sortir de la scène – Travailler in situ

« Voici un exemple de ce que nous produisons pour le festival Musique sur Ciel de Cordes-sur-ciel.

Festival Musique sur Ciel – Scénographie : Serge Meyer
Festival Musique sur Ciel – Scénographie : Serge Meyer
Festival Musique sur Ciel – Scénographie : Serge Meyer
Festival Musique sur Ciel – Scénographie : Serge Meyer

Pour accompagner les concerts qui ont lieu dans cette église, nous projetons un vidéomapping dans le choeur et sur un décor de scène composé de deux disques en bois. La scénographie imaginée pour ce lieu a deux objectifs : le premier est d’utiliser l’habillage vidéo pour raconter quelque chose en situation réelle, à partir du lieu; le second est d’apporter une vraie signature artistique sur la scène. Les deux disques en bois sont à la fois un objet esthétique et un écran acoustique qui a permis de résoudre les problématiques sonores que nous pouvons rencontrer dans ce genre de lieu. »

 

Laisser la place au minimalisme

« La scénographie numérique et l’informatique permettent d’évidence une écriture minimaliste. Mais attention, qui dit minimalisme ne dit pas rien.


« The transfinite »Ryoji Ikeda

Ici, il se passe des choses sur scène. Et l’absence de décor laisse toute la place au 0, au 1 et au bruit vidéo, qui sont les éléments centraux du travail de Ikeda, et qui peuvent remplir la scène sans aucun obstacle. »

 

Proposer des expériences immersives au public

« Chez Hiroaki Umeda, pas de décor physique non plus. Le corps devient lui même support de projection et un jeu s’établit avec le sol et le mur du lointain, jusqu’à une saturation de l’espace. Une expérience très immersive pour le spectateur, proche de la transe. »


« Holistic Strata » – Hiroaki Umeda

 

Travailler les matières et les volumes

« Chez Ikeda et Umeda, nous sommes dans une esthétique minimaliste à l’extrémité de l’expérience sensorielle. L’univers de Castellucci, lui,  est plus rempli (couleur, fumée, lumières…) et manie des textures. On est dans quelque chose de plus théâtral qui nous raconte des situations contemporaines. On est aussi dans un mélange et une rencontre parfaite entre les anciennes techniques scénographiques et  le numérique. »


« Marseille » – Roméo Castellucci

 

Créer de l’interactivité

« La scénographie peut participer à l’écriture au plateau quand elle propose des dispositifs interactifs. C’est à dire quand elle est capable d’influencer l’interprétation d’un comédien ou d’un danseur. Dans « L’ombre blanche », les danseurs plongés dans le noir, ne sont éclairés que par leur ombre. On peut voir dans cette vidéo comment on travaille le dispositif sur maquette.

Se former à la scénographie numérique

Pour illusion & macadam, Serge Meyer anime, du 10 au 13 octobre, une formation de 4 jours pour apprendre les bases et concrétiser un projet de scénographie.

« Je suis scénographe, mais c’est aussi mon profil de plasticien que je mets à profit pour apprendre aux stagiaires de cette formation à comprendre le propos d’un artiste et travailler main dans la main avec lui. »

Dans ce stage de niveau I, Serge apprend aux stagiaires à maquetter leur projet : « c’est une étape fondamentale avant de passer à la production en taille réelle. La réalisation d’une maquette permet d’anticiper les besoins techniques et les coûts ».

Le stage complémentaire « Scénographie numérique, niveau II » est programmé régulièrement par notre centre de formation.

Prochaines sessions :

Scénographie numérique, niveau I : 10-13 octobre 2016 à l’ENSATT de Lyon

Scénographie numérique, niveau II : 16-19 janvier 2017 à l’ENSATT de Lyon

Pour plus d’informations, contactez le centre de formation :

Claire de Joybert et Elodie Boyer : 04 67 84 29 89 / formation@illusion-macadam.fr

Cette formation est proposée en partenariat avec et même si et l’ENSATT de Lyon

Serge Meyer

Serge Meyer
Serge Meyer

Serge Meyer est un artiste scénographe d’images pour le théâtre, la danse et l’opéra. Issu des arts plastiques, il conçoit ensemble la création des images et leur dispositif de présentation. Il signe cette année sa 38ème scénographie numérique et travaille notamment avec les metteurs en scène David Lescot, Yasmin Reza, le chorégraphe Paco Décina… Il dirige depuis 2008 le studio de création « Et même si » (www.etmemesi.com), spécialisé dans la création numérique, présent en moyenne chaque année sur quatre-vingt dix représentations de spectacle.

A propos

Marielle ROSSIGNOL
Marielle ROSSIGNOL

Marielle Rossignol est chargée de communication de la coopérative illusion & macadam. Ses sujets de prédilection sont : la communication Web, le community management, le crowdfunding. Elle accompagne également des porteurs de projets dans la réussite de leurs campagnes de financement participatif, en lien avec KissKissBankBank.

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