Pour un Tropisme radical

MARS - AVRIL ◊ Tropisme festival ! - Photo © Marielle Rossignol

Tropisme, dans son sens littéral, c’est la tendance qu’un organisme a de croître dans une direction donnée. Sans aucun doute, le festival Tropisme croît vers le futur. Franchement et sûrement.

Margot VALEUR
AUTEUR : Margot VALEUR

L’événement montpelliérain, qui s’installe pour sa deuxième édition à La Panacée, s’est fixé un objectif simple et clair : montrer et produire la culture radicalement autrement.

Un point de vue franc et transparent

Vincent Cavaroc, directeur artistique de Tropisme, revendique un “hacking”. Un rendez-vous culturel qui répond à un système et à des formes disciplinaires plus du tout adaptés à nos modes de vie. Artistiquement, il a imaginé Tropisme comme un pied de nez subtil à la sacralisation de l’art. “Dans notre quotidien, on navigue dans des contenus culturels, analyse Vincent Cavaroc. On prend des petits chocs tous les jours. Par exemple dans une même minute, sur YouTube on passe d’une vidéo d’art à une vidéo de chat qui prend un bain. Tout est aplati, sur le même niveau.” La consommation des objets culturels a changé. On n’a plus la même patience. Le principe du musée classique ne fonctionne plus. Les nouvelles générations doivent donc appréhender l’offre culturelle d’une nouvelle manière. “Si on ne pose pas la question de la réception de la culture, on continuera à produire la même chose et on restera éternellement dans cette platitude”, poursuit-il.

Portrait de Vincent Cavaroc, Directeur Artistique de Tropisme 2015
Vincent Cavaroc, Directeur Artistique de Tropisme 2015
Photo © Margot Valeur

Oui, mais la question de l’ouverture et de l’accessibilité de cette nouvelle forme de culture, ne manque pas de se poser. Est-ce que tous les publics trouveront leur place dans Tropisme ?
“Justement. Dans Tropisme on a voulu mettre à nu le processus de travail, montrer les expérimentations en cours, explique Vincent Cavaroc, dans le but de décomplexer les publics fâchés avec les musées. La population éloignée de la culture.” Les installations construites par le collectif EXYZT invité par le festival répondent à ce besoin de désacraliser l’art en général et les institutions culturelles. Des espaces à habiter et à vivre, invitent le public à investir le lieu et à venir tels qu’ils sont, sans connaissance aucune pour l’art. Des familles au complet peuvent prendre possession d’Archi Bidouille, une structure de jeu et de construction consacrée aux enfants. Ici c’est simple, on n’y va pas par quatre chemins, la cuisine est mise au même niveau que les performances, et les ateliers créatifs pour les enfants.

Le rendez-vous des professionnels de la culture

Même si Tropisme est pensé comme une proposition artistique, où les œuvres interactives et ludiques pourraient se passer de médiation, le festival est aussi et surtout conçu comme un outil d’interface avec la coopérative illusion & macadam.
Petit coup d’œil dans le rétroviseur pour mieux comprendre. Tropisme est né l’année dernière d’une volonté collective de transformer “Le 100%”. L’événement originel avait déjà comme objectif de s’interroger sur les mutations actuelles. Sébastien Paule, gérant d’illusion & macadam, en collaboration avec Yves Bommenel, ex-directeur du 100%, décide d’impulser une vision plus radicale et plus claire, en lien avec les activités de la coopérative. Elle joue en effet un rôle d’acteur investi dans l’accompagnement et l’analyse du secteur culturel national. Et c’est justement sa forme de coopérative qui lui permet d’activer un réseau étendu d’artistes, d’entrepreneurs culturels, d’institutions publiques et privées. “Tropisme c’est un festival à 360°”, souligne Sébastien Paule. “Le festival porte en lui une nécessité d’ouverture. Il part à la rencontre de nouveaux publics. La coopérative, elle, s’appuie sur un réseau de professionnels, et le festival vient lui apporter un air neuf en ouvrant ses portes à de nouvelles réflexions, explorations…” La boucle est bouclée.

Portrait de Sébastien Paule, gérant du festival Tropisme et coordinateur des rencontres professionnelles.
Sébastien Paule, gérant du festival Tropisme et coordinateur des rencontres professionnelles.
Photo © Margot Valeur

Une invitation tout public à découvrir le monde de demain

Pour briser le côté glacial des conférences et autres master-class institutionnelles, Tropisme a préféré organiser les rencontres professionnelles autour d’un petit déjeuner au Café de La Panacée, dans la chaleur torride d’un sauna éphémère, sur un vélo dans les rues de Montpellier, ou bien encore en dégustant une KissKiss Blanquette. Aborder la culture avec zénitude et lier l’utile à l’agréable, c’est un peu la devise de Tropisme. Vincent Cavaroc décrit le processus comme un jeu. Son objectif est de pousser les limites des murs académiques, de jouer avec les frontières et amener l’institution dans ses retranchements. Jamais dans l’agressivité, toujours dans le bon compromis. Car au final, La Panacée, qui joue le rôle ici du lieu institutionnel, et Tropisme, celui qui casse les modèles, s’y retrouvent parfaitement. “Ce festival est l’un des projets les plus aboutis et les plus libres que j’ai pu mener jusqu’ici”, souligne-t-il. Et pour Sébastien Paule, Tropisme est un projet innovant encore jamais produit à Montpellier.

Et demain ?

Mais jusqu’où ira-t-on ? À quoi ressemblera ce que l’on connaît du numérique dans 10, 20, 30 ans ? Vincent Cavaroc est persuadé que plus l’on se dirigera vers la technologie numérique, c’est-à-dire vers les médiums qui modifient nos rapports aux choses, plus l’on aura besoin de se retrouver physiquement dans la simplicité et la convivialité. L’homme ne perdra pas son humanité, et son instinct animal. Il aura toujours besoin d’un retour ancestral à l’ici et au maintenant. Tropisme se situe dans ce juste équilibre entre le virtuel et l’actuel. Et initie avec méthode les générations futures à voir la frontière entre ces deux mondes s’amincir.

>> Site d’illusion & macadam

Photographie de tête © Marielle Rossignol

A propos

Margot VALEUR
Margot VALEUR

Margot Valeur est chargée de communication pour le festival Tropisme. Ses études littéraires l’ont conduite à l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, où elle obtient un certificat de compétence à la presse écrite. Pendant ses études, elle sent que la photographie est un complément sensible à l’écriture. Depuis elle pratique photo et journalisme de manière complémentaire et indépendante. En parallèle, Margot Valeur travaille en tant que chargée de projets et de communication dans des structures culturelles. Pendant quatre ans, elle a été chargée de projets au sein du festival de photographie documentaire, ImageSingulières, et a participé à la mise en place de la Maison de l'Image Documentaire à Sète. Pour Mu, Margot Valeur écrit des articles d'actualité, des portraits et des interviews.