Métier de demain : designer sonore

Portrait de Rémi Saboul, designer sonore chez Radioshop Photo © Margot Valeur

Un musicien aujourd’hui n’est plus un musicien classique. Il doit se réinventer. Imaginer d’autres façons de faire vivre et résonner sa musique. Partons à la découverte du designer sonore, ce musicien habilleur, au contact des tendances de demain.

Rémi Saboul, est sound designer. Mais il ne l’a pas toujours été. Son activité au sein de Radioshop, consiste à imaginer, composer et produire des habillages musicaux pour des marques. Un univers professionnel au croisement de la culture et du marketing.
Implantée à Saint-Jean-de-Vedas, l’entreprise Radioshop s’est spécialisée dans la création d’identité sonore et fait appel à des outils technologiques innovants.
Pendant 20 ans, Rémi Saboul a exploré les domaines de la musique contemporaine. Il a emprunté des chemins inattendus préférant éviter l’autoroute de la musique commerciale. Il y a 10 ans, avec trois musiciens de Montpellier, il monte le groupe de métal-rock Drive Blind. Et depuis 1997, il joue au sein de Rinôçérôse, un groupe bien connu de la scène montpelliéraine, qui mixe rock et musique électro. Depuis quelques années, les tournées de Rinôçérôse s’espacent. Le musicien s’oriente alors vers la musique de spectacle avec la compagnie de théâtre d’objet Volpinex. Rémi débarque en 2014 à la première édition de Tropisme avec “My tiger side”, un projet en solo plus intime et personnel où il expérimente la musique sur scène.
Invité au festival Tropisme 2015 pour animer un atelier sur les principes du design sonore, Rémi Saboul transmet à la fois sa passion pour le son et sa curiosité pour les nouvelles tendances. “Le design sonore est une manière de vivre sa musique, de la développer dans la pub, le marketing, la vidéo, le court-métrage…”, explique-t-il. Artiste multicasquettes, le guitariste s’est reconverti dans le design afin de s’adapter au marché. “J’ai toujours une pratique artistique en tant que musicien, commente Rémi. Mais aujourd’hui, le champ de compétence d’un cybermusicien s’étend à 360°.”

« Un bon designer ne peut pas composer avec des oreilles neutres… »

Avant d’inviter les participants à la pratique, Rémi Saboul dresse les grands principes du design sonore. Quels sont les effets que la musique peut provoquer sur nous ? Il y a trois grandes caractéristiques de notre perception à envisager : l’affectif (nos émotions, nos sens), le conatif (notre comportement, notre impulsion vers l’action) et le cognitif (notre jugement, nos connaissances). “Un bon designer ne peut pas composer avec des oreilles neutres, précise Rémi. Il doit tenir compte de ce qui se passe autour de lui, des tendances actuelles, du contexte, du public visé. Il faut donc savoir mettre ses goûts et sa sensibilité de côté pour bien analyser les sonorités.”
Les dimensions musicales à prendre en compte pour agencer les sons entre eux avec brio sont les suivantes : la dimension temporelle (rythme, phrasé, tempo, durée…), la dimension harmonique (mode, accords, direction mélodique, mélodie) et la dimension instrumentale (voix chantée, instrumentation, arrangement, timbre et interprétation).
“On peut même dire d’un DJ qu’il est un designer sonore. Il regarde les gens danser, il palpe l’ambiance, il se plonge dans un contexte et un lieu. Il doit savoir adapter les caractéristiques et les textures sonores à une cible.” Élaborer un habillage musical, c’est se mettre en quelque sorte dans la peau de la cible visée par la marque. Un exercice plutôt ludique. Démonstration.
L’exercice que Rémi propose aux designers en herbe consiste à décrypter une pub et d’analyser ce qu’elle évoque en chacun d’eux. Les informations qu’elle délivre, les sensations qu’elle provoque… Et ensuite imaginer la bande-son idéale qui pourrait l’accompagner. « C’est toujours intéressant d’apprendre à décortiquer un habillage sonore à partir d’une image sans le son, ajoute Rémi. Cela permet de se rendre compte que nous avons tous des sensibilités différentes. » Pour chaque intention il y a une musique particulière, une sonorité spécifique. Nous savons tous que dans les supermarchés la musique est primordiale et très intéressée. Elle nous incite à nous détendre, à nous mettre en confiance. Elle s’adapte à l’heure de la journée et donc à nos potentielles humeurs. Pour nous inciter à acheter. Le sound design est pour ainsi dire une cuisine qui allie avec soin des ingrédients musicaux et le goût des autres.

Photo de tête : Rémi Saboul, designer sonore chez Radioshop. Photo © Margot Valeur

A propos

Margot VALEUR
Margot VALEUR

Margot Valeur est chargée de communication pour le festival Tropisme. Ses études littéraires l’ont conduite à l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, où elle obtient un certificat de compétence à la presse écrite. Pendant ses études, elle sent que la photographie est un complément sensible à l’écriture. Depuis elle pratique photo et journalisme de manière complémentaire et indépendante. En parallèle, Margot Valeur travaille en tant que chargée de projets et de communication dans des structures culturelles. Pendant quatre ans, elle a été chargée de projets au sein du festival de photographie documentaire, ImageSingulières, et a participé à la mise en place de la Maison de l'Image Documentaire à Sète. Pour Mu, Margot Valeur écrit des articles d'actualité, des portraits et des interviews.