Patrick Pierron, changemaker de l’open space

Comenwork © Anne Charlotte Eriau-1

78 % des entrepreneurs plébiscitent Montpellier pour venir y travailler*. Labellisée French Tech depuis la première vague fin 2014, sa démographie est record…  Montpellier attire mais elle doit aussi s’adapter aux nouvelles formes de travail liées à la digitalisation et à l’explosion du numérique. Patrick Pierron fait partie de ses acteurs de terrain qui réenchantent le travail de demain à Montpellier. Comment ? En créant des espaces de coworking innovants et adaptés aux nouvelles pratiques des “workers”. Ancien RH dans de grands groupes et voyageur assidu, Patrick s’est lancé en septembre 2016 avec sa femme. A deux, ils décident de créer Come’N’Work : un espace de coworking de 175 m2 en plein centre de Montpellier.  Son expérience de RH lui a permis d’installer des services pertinents et de mettre en place des techniques pour améliorer et booster les conditions de travail de ses coworkers. Notre coopérative et Come’N’Work partagent des valeurs communes, c’est pourquoi cet espace de coworking a rejoint l’équipe des partenaires de notre formation pour entrepreneurs culturels à l’ère numérique. On a profité de cette collaboration pour échanger avec Patrick sur sa vision du travail et sur les nouvelles habitudes des coworkers en 2017.

Anne-Charlotte Eriau : C’est quoi ton “WHY” avec Come’N’Work ?

Patrick Pierron : Permettre au plus grand nombre d’avoir accès à des conditions optimales pour développer son activité, peu importe qu’il gagne des millions ou qu’il démarre.
En 10 ans j’ai vu Montpellier grandir et se construire de manière impressionnante. On sent un potentiel de développement économique comparable à des villes comme Lyon, Toulouse ou Nantes. Étant attachés à Montpellier et avec un tel contexte, ils nous semblait inconcevable de réaliser ce projet ailleurs. J’étais en charge du recrutement pour le groupe SEPTEO quand nous avons pris la décision avec Sandra, ma femme, de lancer le projet. La gestion d’un espace de coworking s’assimile énormément à mon ancienne fonction de RH : veiller aux bonnes conditions de travail, repérer des compétences, les faire se croiser pour développer le business de chacun…
C’est donc moi qui ai quitté mon poste pour être sur le terrain et dans l’opérationnel, Sandra a gardé son emploi. C’est un bon équilibre, car le fait qu’elle reste dans ses fonctions au département nous permet d’avoir plus de recul sur l’entreprise. C’est un peu ma “consiglière” qui me permet de prendre de la hauteur sur le quotidien pour retrouver une vision à long terme.

ACE : Quels services proposes tu à tes coworkers en plus de l’offre de location de bureau ? Et pourquoi ?

PP : Come’N’Work leur propose de vivre une expérience, d’intégrer un écosystème qui va plus loin que l’espace de travail. Cela peut prendre différentes formes : des conférences (Happy@work, Isi_Lab,…), des soirées thématiques (St Patrick, 1 an de CnW, repas de Noël…), des animations (Lasergame, Escape Game, Karting,…), la participation à des soirées partenaires (comme le 16 novembre avec la soirée Hold-Up organisée par illusion & macadam & Makesense). Ce croisement des événements et des publics permet à nos coworkers de networker, de sortir de leur zone de confort et de vivre des moments inédits. C’est pourquoi je leur demande de me faire confiance.

ACE : Qu’est-ce-que le coworking en 2017 ?

PP : On assiste à une évolution radicale du phénomène du coworking, le modèle historique est une organisation plutôt fermée, un peu underground, dédiée à une population engagée dans cette philosophie de mutualisation des ressources sous format associatif. Aujourd’hui, le modèle est beaucoup plus ouvert avec moins d’engagement, une population plus éclectique et un comportement plus orienté client. Cela reflète également un changement dans les méthodes de travail des entreprises avec une approche plus flexible et le développement du télétravail.

ACE : Qui sont tes coworkers ?

PP : Si je devais définir l’ADN des workers Come’N’Work, je parlerais de globes-trotteurs-entrepreneurs, ouvert d’esprit.

Nous avons 4  typologies de profils :

  • Des porteurs de projets comme Maxime Okoye alias “le web hurleur” spécialiste en Facebook Ads qui s’est développé à grande vitesse cette année.
  • Des entreprises matures qui recrutent comme Gold-Headwear spécialiste du prêt à porter en accessoire headwear, son marché se situe au niveau international et il travaille notamment avec plusieurs clients sur Montpellier.
  • Des grands comptes comme “Foodora” et “Allo-Resto”, concurrents et pourtant fervents adeptes de Come’N’Work.
  • Des salariés en télétravail comme Paul qui travaille pour “Muuto” spécialiste design de l’ameublement professionnel qui recherche chez nous un “environnement d’entrepreneur”.

Le point commun que nous avons tous est le goût du voyage et de la découverte. Nous observons également une tendance depuis la rentrée : l’arrivée de Parisiens qui veulent descendre dans le sud, séduit par la dynamique de Montpellier.

ACE : Quels conseils donnerais-tu à un entrepreneur qui se lance ?

PP : Sors de ton bureau, vas à la rencontre d’autres entrepreneurs, de tes clients, de tes potentiels partenaires. Reste à l’écoute et inspire toi de personnes qui ont évolué dans l’écosystème Montpelliérain. Un conseil qui a mon sens est primordial : “Tu n’es pas ton projet!” Crois en lui mais n’ai pas peur de le remettre en perspective quitte à le remettre en cause.

ACE : As tu un mentor qui t’as conseillé ?

PP : Mon ancien boss le DRH du groupe SEPTEO. J’ai beaucoup échangé avec lui (pas mal de bières aussi 🙂 il m’a permis de prendre la posture d’entrepreneur et, j’y reviens encore, de  réussir à avoir cette vision globale, savoir prendre le temps de la réflexion et penser à + 2 coups d’avance.

Comenwork © Anne Charlotte Eriau-1
© Comenwork

ACE : Comment prends tu soin de tes coworkers ?

PP : En étant attentif aux attentes qu’ils peuvent avoir, exprimées ou pas. Mon ancien métier de RH au sein du groupe SEPTEO me sert beaucoup. Leur fonctionnement en centre d’affaire privé se rapproche bien du quotidien d’un coworking, mais à une échelle beaucoup plus grande. Nous avons aussi travaillé l’ambiance et la déco du lieu. Notre objectif : faire de Come’N’Work bien plus qu’un lieu de travail. Les coworkers vivent ici une expérience à part.

ACE : On traverse une ère où le multitasking** est omniprésent. Comment activer/améliorer sa concentration à son bureau ?

PP : S’accorder des pauses. Je veux dire par là, rythmer sa journée de travail avec des phases actives et des phases de repos, la capacité de concentration diminue rapidement après 30 min de travail non stop. Nous avons testé la technique Pomodoro, on lance un chronomètre de 25min (ou plus, jusqu’à 45min.) puis pause imposée de 5 min. Pendant le temps de travail on reste focus sur une seule tâche et on change de tâche à la fin d’un cycle si l’on veut, cela permet de « limiter » la dispersion.

ACE : Nos façons de travailler changent à toute vitesse. Comment repenser alors les espaces de coworking en fonction de ces nouveaux besoins ?

PP : Pas de secret, anticiper, observer et être PATIENT. Tout évolue vite oui, mais beaucoup de choses ne sont pas dans la durée. On teste, on cherche, on expérimente… mais à la fin il y a toujours une tendance durable qui ressort. Il faut donc savoir prendre du recul et être capable de mesurer l’importance de l’évolution que l’on observe.

Par exemple, au début nous avons mis en place une salle “détente”, sauf que personne ne l’utilisait. Nous avons compris que les gens ne vont pas dans un coworking pour lire un magasine ou faire la sieste. En fait l’ensemble du coworking doit être la zone détente, l’on doit pouvoir travailler partout tout en se sentant bien.

ACE : Comment démocratiser le secteur de la location d’espace de travail ?

PP : En essayant d’être le plus qualitatif et sérieux possible. Nous ne sommes que le résultat d’un besoin qui est apparu ces dernières années. Pour démocratiser cette pratique il faut montrer quels en sont les résultats positifs. Par exemple, nous mettons en avant les coworkers qui le souhaitent lors de conférences, mais ils doivent s’engager à y incorporer un contenu de qualité et non chercher des clients.

Come'N'Work © Anne Charlotte Eriau-1
© Come’N’Work

ACE : Comment améliorer le bien-être des coworkers au travail ? Dans les entreprises, la tendance est au “flex office”, c’est à dire une redistribution des espaces avec la naissance de lieux toujours plus collaboratifs (bureaux partagés, salles de design thinking, espace de détente…), une tendance que tu développes aussi dans ton lieu de coworking ?

PP : Oui nous sommes dans cette mouvance, notre espace s’articule autour de trois zones, la « flex office » comme tu l’appelles où nos workers viennent quand ils veulent sans places attribuées, une zone sédentaire où les workers partagent des bureaux avec des places attribuées et une zone réunion avec un aménagement pour travailler et aussi « chiller » comme disent certains de nos workers.

ACE : As-tu un modèle d’espace de coworking qui t’inspire ? Pourquoi ?

PP : Il y en a tellement, évidemment le mastodonte « Wework« , mais d’autres moins connus comme « Bond Collective » que nous avons rencontré à New-York, en France il y a « Now coworking » qui est dans la même fibre. Ils ont réussi à trouver l’équilibre entre la taille de l’espace et le maintien du collectif et de l’esprit collaboratif.

ACE : Que penses tu des tiers-lieux, ces nouveaux espaces connectés et mutualisés qui superposent des activités et des services au sein d’un seul et même espace pour expérimenter de nouvelles manière de faire et de travailler ?

PP : Je suis un peu partagé, je pense que cela peut être très intéressant, il faut toutefois faire attention à la cohérence globale de l’espace, les membres d’un coworking ne cherchent pas forcément la même chose que ceux qui vont dans des Fablabs, ou dans des cafés associatifs.
Après, si l’on tient compte de tous ça dans l’aménagement de l’espace et dans la proposition de l’animation du tiers-lieu l’expérience peut être magique pour les membres. En terme de développement professionnel, mais également personnel.

Par exemple, il y en a un à Williamsburg, quartier de New-York, où les zones sont bien définies, la galerie boutique est indépendante de l’espace de coworking et de la résidence d’artiste. Tout en conservant des points d’accès de l’un à l’autre, facilitant ainsi la perméabilité entre les différents espaces.

ACE : Quelles perspectives pour Come’N’Work dans les mois à venir ?

PP : Trouver un nouveau lieu, nous commençons à être à l’étroit. Nous allons également reprendre les conférences en comité restreint, environ 30 personnes. Cela permet un échange intéressant avec l’intervenant.

Merci.

*TNS Sofres
**travailler sur plusieurs tâches en même temps

Nous remercions vivement tous les intervenants ainsi que les partenaires de cette édition : SophomoresAlter’IncubXtrem’upHobbystreetChuckCome’N’WorkCultureveille,
MakeSenseNewake.

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A propos

Anne-Charlotte Eriau
Anne-Charlotte Eriau

Anne-Charlotte Eriau est chargée de projets culturels chez illusion & macadam. Elle accompagne des entrepreneurs culturels et créatifs à structurer leur projet. Elle collabore également au développement d’une future halle créative pour l’automne 2018 à Montpellier, inspirée des tiers-lieux et initiée par la coopérative.

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