L’Homo Numericus #1 : un bouillon de culture

Si les débats sur les effets positifs ou néfastes de la révolution digitale sont loin d’être clos, nul ne songe désormais à mettre en doute sa réalité.

En effet, rares sont de nos jours les activités n’ayant pas été profondément impactées par l’informatique ou l’électronique. Pour autant, c’est bien précisément parce qu’elle est partout, qu’elle est mobile et versatile, que cette nouvelle ère doit être interprétée et surtout apprivoisée.

Décrypter les pratiques au sein du secteur culturel, recentrer les technologies sur leurs usagers, illustrer par l’exemple les applications concrètes, voilà ce que proposera cette série d’articles consacrée à la naissance d’un nouvel Homme, vous.

Acte 1, genèse d’une nouvelle ère

Si les anthropologues s’accordent généralement à acter la naissance des arts aux premières représentations pariétales ou aux flûtes trouvées dans les tombeaux préhistoriques (- 35000 ans), l’âge numérique n’est pas aussi aisé à dater. En effet, est-il enfant de Thomas Edison et de l’électricité domestique (l’ampoule 1879) ou de l’électronique avec l’invention en 1947 du transistor par John Bardeen, William Shockley et Walter Brattain ? On pourrait tout aussi bien choisir le télégraphe (Charles Wheatstone et William Cooke 1838), voire carrément la machine à calculer de Blaise Pascal (1642) tant cela peut y être reliés.

Ainsi si Colossus (1943) ou ENIAC (1946) sont les premiers « vrais » ordinateurs, l’algèbre binaire ou les liens hypertextes ont été conceptualisés bien avant l’invention des engins les utilisant. Si c’est l’écrit qui sépare l’histoire de ce qui l’a précédé, c’est bien la dualité entre hardware et software qui marque notre entrée progressive dans ce nouveau monde.

L'ordinateur COLOSSUS - 1943
L’ordinateur COLOSSUS – 1943

 

L'ordinateur ENIAC - 1946
L’ordinateur ENIAC – 1946

L’invention de la souris en 1963 par Douglas Engelbart, la création d’Arpanet (ancêtre d’internet) par l’agence de recherche technologique de défense américaine en 1969, puis celle du micro-ordinateur en 1973 (Micral N par François Gernelle de la société française R2E), la naissance de Microsoft et Apple respectivement en 1975 et 1976 (nb : 1911 pour IBM ancien fabriquant de machines à compter) sont autant de jalons vers une généralisation à toute la société. Celle-ci interviendra durant les années 80 avec la transformation du travail dans les entreprises, mais surtout avec le boum de l’électronique grand public à travers les télécommunications, les médias, le jeu vidéo, etc. On peut alors réellement parler de métamorphose. Il faut attendre néanmoins les années 90 pour voir apparaître le World Wide Web (1991 Tim Berners-Lee du CERN à Genève), le système d’exploitation Linux (1991 par le finlandais Linus Torvalds) ou encore la téléphonie mobile sous la norme européenne GSM (Itinéris lancé en 1992 par France Télécom en France)…

Steve Jobs and Steve Wozniak 1976 - Nick Young
Steve Jobs and Steve Wozniak 1976 – Nick Young

Bénéficiant d’innovations technologiques incroyables et d’investissements colossaux, les années 2000 sont celles de la toute puissance économique du web. Avec l’émergence des mastodontes Google (créé en 1998, deuxième capitalisation au monde avec 518 milliards d’euros en mars 2016) ou Facebook (création 2004, 325 milliards d’euros, sixième capitalisation mondiale), elles voient l’explosion de pratiques inédites changeant même nos rapports sociaux… Avec la première place d’Apple (604 milliards d’euros) et la troisième de Microsoft (437 milliards d’euros), c’est la première fois que le secteur des technologies dépasse celui de la finance*. Ainsi on voit une librairie en ligne créée à Seattle en 1994 devenir un géant de la vente par correspondance mais aussi du cloud et autres services business au point de bouleverser tous les marchés sur lesquels elle se positionne. Aujourd’hui Amazon pèse plus lourd que Nestlé (280 milliards d’euros, neuvième place mondiale).

Napster - Christiaan Colen
Napster – Christiaan Colen

Du côté des industries créatives, si le numérique a permis des années records au secteur phonographique avec le CD (1982), le mp3 (1993) et le partage de fichiers (Napster 1999) par la suite va désintégrer la filière : fermeture massive des disquaires, effondrement des ventes, rachat par d’autres secteurs… La dématérialisation de la vidéo (premier baladeur vidéo par le français Archos l’AV300 en 2003) et dans un moindre mesure du livre (liseuse Bookman de Sony en 1992) conduisent eux-aussi à une redistribution des cartes au bénéfice des entreprises technologiques comme par exemple Netflix (1991, plus de 70 millions d’abonnés payants à son offre de streaming). Il n’est pas anodin que le fondateur de ce leader de la VOD soit diplômé en intelligence artificielle…

Reed Hastings, fondateur de Netflix - Thomas Helge I re:publica15
Reed Hastings, fondateur de Netflix – Thomas Helge I re:publica15

Et la culture dans tout cela ? Les artistes ont été les premiers à s’emparer des nouveaux outils offerts par la technologie. Après tout ne doit-on pas à l’auteur tchèque Karel Čapek l’invention du mot Robot en 1920 ? C’est ce que je vous propose d’aborder dans un prochain article de ce blog.

A propos

Yves Bommenel
Yves Bommenel

Immergé dans la musique depuis plus de 20 ans, j'ai travaillé dans des médias indépendants, le multimédia ou l'organisation de concerts… Ancien directeur du Festival à 100%, j'œuvre désormais au développement de la SCIC Un Goût d'Illusion (Illusion & Macadam/Festival Tropisme). Mes compétences en communication et projets culturels m'ont ouvert aux questions de la formation professionnelle et de l'accompagnement des musiciens. Bassiste amateur dans un groupe de rock garage, je fais aussi de la poésie, notamment vidéo. Par ailleurs, je suis président du Syndicat des Musiques Actuelles (SMA).

Laisser un commentaire