KissKiss Blanquette : des ingrédients, des projets, des recettes à succès

Adrien Aumont, fondateur de KissKissBankBank en plein "crowdstorming" Photo © Margot Valeur

La coopérative illusion & macadam et la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank sont partenaires depuis 2012. Ensemble, elles proposent un accompagnement global autour du développement et du financement des projets culturels. L’objectif : penser collectif.

Margot VALEUR
AUTEUR : Margot Valeur

Lors de la première édition de Tropisme, un “KissKiss Dating” avait été organisé pour que porteurs de projets et professionnels de la culture, du financement et de stratégie de développement se rencontrent. Des rendez-vous minute pour échanger questions, conseils, bonnes pratiques, et repartir avec plein de bonnes idées dans son sac.
Cette année, c’est autour d’une “KissKiss Blanquette” que le festival a choisi de faire monter la sauce. Au menu : des projets passent à la casserole, Tropisme goûte leur plat et donne quelques conseils pour améliorer la recette.
Adrien Aumont, fondateur de la plateforme KissKissBankBank, est venu prêter main forte à l’équipe de Tropisme pour conseiller les participants. Artistes, porteurs de projet à la recherche de financements, entrepreneurs culturels sont répartis en deux ateliers. L’atelier “crowdstorming” où le principe est de réfléchir ensemble aux détails importants pour soigner sa campagne de financement participatif. Et l’atelier “crowdsourcing”, où la communauté fait office de ressource pour les projets qui doutent, se posent des questions de fond. Prêts, feu, mijotez !

 

◊ Atelier #1 : derniers conseils avant d’appuyer sur le bouton ◊

 

► Projet #1 : “La Bohème de Bo’Em
Bo’EM, une école de danse de Montpellier est sur le point d’ouvrir une café-spectacle à une trentaine de kilomètres dans une salle déjà trouvée et financé. Le projet est d’y installer une scène pour l’école de danse, mais aussi pour organiser des stages, et des soirées cabarets avec restauration. Il manque à l’association 10 000 € pour finaliser l’aménagement du lieu.

* La question :
Quelles contreparties offrir pour un financement qui concerne un lieu de spectacles ?

* Les réponses de la communauté :
– 10 000 € cela représente 200 personnes car les gens donnent en moyenne 50 €. Il faut donc avoir une communauté plus large sur les réseaux sociaux par exemple de 2000 à 3000 personnes pour être sûr d’obtenir les 200 dons nécessaires.
– Projeter les donateurs potentiels dans la réalité du projet. Pour cela, la page de présentation de la campagne doit être parfaitement présentée.
– Pour les contreparties, il faut créer un lien avec le lieu pour créer une continuité émotionnelle forte avec le projet. Par exemple, on peut imaginer de réserver un mur sur lequel seront écrits tous les noms des donateurs.
– Lancer la campagne la veille du vacarme. Avant de communiquer, il faut avoir préparé son premier cercle (proches, famille, personnes directement impliquées dans le projet). L’idéal c’est d’avoir obtenu des promesses de dons et de rendre la campagne publique un ou deux jours après. “C’est comme quand on va dans un restaurant qui vient d’ouvrir, commente Adrien Aumont. Si le resto est vide on n’a pas envie d’y entrer. Là c’est pareil, si le jour où vous communiquez sur votre campagne, elle est déjà bien avancée, alors les internautes vont penser que ça vaut le coup de donner.”
> Découvrir le projet

► Projet #2 : “Meeting The Odyssey
“Meeting the Odyssey” est un projet de coopération à dimension sociale et artistique naviguant de la mer Baltique à la Méditerranée. Tous les étés de 2014 à 2016 , artistes et managers culturels venus de différents pays européens vont voyager ensemble, donner des ateliers et présenter des pièces de théâtre. Le projet tissera un lien entre des éléments de l’odyssée et des thématiques contemporaines liées à l’Europe au travers des témoignages collectés avec les populations locales. Il a déjà obtenu des financements européens pour les deux premières tournées et réunit un réseau de 11 pays partenaires. Mais il manque environ 10 000 € pour réaliser la troisième étape : le voyage en Grèce.

* La question :
Comment articuler ce financement pour la Grèce avec l’image internationale du projet ?

* La réponse de la communauté :
– Un réseau international est une véritable solidité mais il est très difficile de fédérer 11 pays. Le projet doit rester cohérent. Il faut donc lancer une seule campagne avec une page, traduite dans différentes langues, et jouer de l’implantation territoriale du projet pour la diffusion de la campagne.
– Présenter la campagne comme un concours, un jeu entre les pays partenaires.
– Pour l’image, il vaut mieux susciter une énergie positive plutôt que d’attirer la sympathie du public sur des thématiques graves.
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David et Adrien représentaient le projet "Meeting The Odyssey" Photo © Margot Valeur
David et Adrien représentaient le projet « Meeting The Odyssey »
Photo © Margot Valeur

► Projet #3 : “Radio Bellevue”
Alors que l’INA veut numériser les archives de Radio Bellevue, une radio pirate lyonnaise, le collectif d’artistes et de graphistes fondateur de la fréquence souhaite redonner vie à la radio, éteinte en 1997. Le slogan à l’époque de sa création en 1981 : “ libre, rock, kulturel”. L’idée est de retrouver le concept d’origine et de proposer une radio sur le web avec un programme musical exigeant et une partie rédactionnelle invitant chroniqueurs, contributeurs… Un grand groupe de presse spécialisé dans la web radio a déjà signé un accord pour les studios et la diffusion. Le projet a besoin de 5 000 € pour financer son autonomie au démarrage.

* La question :
Comment inciter les donateurs à faire partie intégrante du projet et à devenir contributeurs de la nouvelle vie de la radio ?

* La réponse de la communauté :
– Dans la ligne éditoriale de la campagne, il ne faut pas demander de l’argent pour financer l’indépendance de la radio mais plutôt pour son autonomie. Ce serait dès le début donner une mauvaise image au projet.
– Lever une somme modeste incite à la dépasser. Ne pas hésiter à montrer ce que pourrait donner le projet si l’objectif est dépassé.
– Pour les contreparties, jouer à fond le côté revival. Penser à la cible visée : gens qui ont aimé la radio ou branchés par l’univers rock des années 80. Il faut leur proposer des objets collector. Un donateur a toujours besoin de se sentir impliqué dans le projet, un peu privilégié et remercié.
> Radio Bellevue sur Facebook 

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◊ Atelier #2 : des projets qui se posent des tas de questions ◊

 

► Projet #1 : “Komuters”
Komuters est un projet d’application pour tablettes ou téléphones qui a pour but de mettre en relation localement des gens liés par les mêmes centres d’intérêt.

* La question :
Comment arriver à une taille critique de communauté avant de commercialiser le produit ?

* La réponse de la communauté :
– Créer un club de bêta testeurs réels, pas sur la toile, et les impliquer dans le développement du projet. Ne pas hésiter à leur proposer des réunions tupperware pour plus de fun et de viralité !
– Adopter une approche par quartier et s’appuyer sur des associations pour mobiliser les habitants.
– Toucher des communautés de gens déjà constituées autour de thématiques et de centres d’intérêts.

► Projet #2 : “Le Bureau de Mô”
Le Bureau de Mô est un bureau de production d’artistes musicaux émergents à Montpellier. Une campagne de financement participatif a été réalisée sur KissKissBankBank, il y a moins d’un mois, pour financer les outils de communication. Objectif atteint.

* La question :
Communiquer sur le bureau ou sur les artistes eux-mêmes ?

* La réponse de la communauté :
– Comme le bureau produit des artistes émergents, il ne peut pas s’appuyer sur des noms réputés, pour accroître sa visibilité. Il vaut mieux accroître la visibilité du bureau pour propulser les artistes.
– Créer un bureau avec une identité forte et originale avec comme message principal : production d’artistes émergents.
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► Projet #3 : “Le Jam Montpellier”
La salle de concert et l’école du Jam à Montpellier souffre, comme toutes les structures, de baisses de subventions. Le Jam a déposé un dossier pour obtenir du mécénat auprès d’une très grosse entreprise. Mais l’opération a échoué.

* La question :
Comment mobilier des PMI et des PME autour du projet de manière pérenne ?

* La réponse de la communauté :
– Choisir un mécène qui a le même public, la même cible que le projet.
– Travailler avec les comités d’entreprise : mettre à disposition des locaux pour des événements privés, offrir des places de concerts, proposer des concerts dans les entreprises.
– Identifier les entreprises indirectement liées à la ligne artistique du Jam : le jazz. Le secteur du vin est potentiellement concerné.
– S’appuyer sur les organismes professionnels et institutions qui regroupent des PME (comme les chambres de commerce).
– Dans la communication destinée aux mécènes, livrer un message clair et choisi.
– Identifier les chefs d’entreprise figurant déjà parmi le public du Jam.
> Découvrir le projet

Battle de links à la KIssKiss Blanquette Photo © Margot Valeur
Battle de links à la KIssKiss Blanquette
Photo © Margot Valeur

Et pour terminer la journée, les porteurs de projets sont tous invités à se réunir au Café de La Panacée pour un “battle de links”. Le principe est simple et ludique : proposer un lien vers un projet, un site, une campagne réussie, un teaser efficace ; prendre le micro ; défendre son lien ; gagner un verre de Grigri ; enrichir la communauté de nouvelles idées lumineuses !

 

Liens :
> Une vidéo : Comment réussir sa campagne de crowdfunding ?
> Des conseils, astuces, idées, sur le Blog de KissKissBankBank

 

Photographie de tête © Margot Valeur

A propos

Margot VALEUR
Margot VALEUR

Margot Valeur est chargée de communication pour le festival Tropisme. Ses études littéraires l’ont conduite à l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, où elle obtient un certificat de compétence à la presse écrite. Pendant ses études, elle sent que la photographie est un complément sensible à l’écriture. Depuis elle pratique photo et journalisme de manière complémentaire et indépendante. En parallèle, Margot Valeur travaille en tant que chargée de projets et de communication dans des structures culturelles. Pendant quatre ans, elle a été chargée de projets au sein du festival de photographie documentaire, ImageSingulières, et a participé à la mise en place de la Maison de l'Image Documentaire à Sète. Pour Mu, Margot Valeur écrit des articles d'actualité, des portraits et des interviews.