J’ai testé pour vous le binaural et l’oculus !

Atelier Oculus Rift avec les Éditions du Bout des Doigts Photo © Margot Valeur

Binaural ? Oculus ? Il faut qu’on m’explique ! Curieuse insatiable, je décide d’aller vivre une expérience inédite. J’ai chaussé mes oreilles d’un casque pour découvrir le son spatialisé et passé un masque étonnant pour voir en vrai-faux. Voyage dans les profondeurs des médias du futur !

Margot VALEUR
AUTEUR : Margot Valeur

Au calendrier du festival, je remarque une journée assez spéciale. Tropisme propose une exploration des métiers du transmédia à travers des ateliers de pratique. Je ne pouvais pas manquer ça. Direction l’atelier de découverte du son binaural. Avec un nom pareil, ça doit être complètement dément !

Des indices lancés au cerveau pour spatialiser le son

On me tend un casque, relié à un ordinateur, à mettre sur les oreilles. Jusqu’ici rien d’exceptionnel. Je dois faire attention à bien positionner l’écouteur gauche sur l’oreille gauche et l’écouter droit sur l’oreille droite. Autour de la table, nous sommes quatre ou cinq, casques enfilés, prêts pour l’aventure.

Atelier son binaural avec Lidwine Ho de France Télévisions Photo © Margot Valeur
Atelier son binaural avec Lidwine Ho de France Télévisions
Photo © Margot Valeur

Lidwine Ho, directrice du pôle Innovation et Développements à France Télévisions, lance une piste. Le son parvient à nos tympans. Une voix douce et féminine nous démontre comment le son binaural peut tromper notre cerveau. La voix tourne autour de nous, s’avance, s’éloigne. Des claquements de doigts flirtent avec nos oreilles. Le son enregistré paraît tellement réel. Si on ferme les yeux, on imaginerait presque une femme à côté de soi.
Concrètement, il y a deux façons de créer du son binaural. Soit avec un synthétiseur, soit avec un enregistreur. Mais pas n’importe lequel ! Lidwine Ho préfère de loin le “vrai” son binaural, le natif, celui qu’on enregistre en recréant les conditions naturelles de l’écoute. Dans la vie réelle, nous entendons le son tout autour de nous. Pourtant nous n’avons que deux entrées. La pavillon auriculaire, par sa forme si particulière et non symétrique, permet de créer des conditions nécessaires à cette écoute en trois dimensions. L’homme perçoit le son selon trois critères : le volume, le temps et la fréquence. Ainsi pour faire du binaural, l’enregistrement doit donner au cerveau ces trois indices afin de spatialiser le son. L’outil d’enregistrement n’est donc pas banal ! Ce n’est pas un simple micro, mais plusieurs micros installés dans les oreilles d’un mannequin !
Le binaural s’utilise surtout dans les œuvres transmédia, pour des contenus subjectifs ou immersifs. Par exemple, dans un webdocumentaire quand le navigateur se met dans la peau d’un personnage, le binaural est de plus en plus utilisé pour permettre de vivre un expérience d’interactivité.

Découvrez les applications du binaural dans les écritures transmédia :
> Les Vêpres de Montéverdi à Versailles
> Bêtes de scène / Comme des bêtes
> Love Hôtel

Mannequin d'enregistrement de son binaural Photo © Margot Valeur
Mannequin d’enregistrement de son binaural
Photo © Margot Valeur

La réalité virtuelle plein les yeux

Après l’épreuve du son, je me risque à des sensations visuelles fortes. Fouzi Louahem, des Éditions du Bout des Doigts, m’installe bien confortablement sur une chaise posée en face d’un ordinateur. Il fixe sur ma tête l’Oculus Rift, un appareil qui se présente sous la forme d’un masque de robot. Mes yeux sont complètement recouverts. Je suis plongée dans le noir. On me demande quel type de programme je veux : actif ou passif. Je choisis les montagne russes, une application aux sensations fortes assurées. “Une bonne application peut procurer une très bonne expérience, me glisse Fouzi. Par contre, un mauvais programme peut laisser un souvenir très désagréable !”
Je suis dans le chariot. Le feu rouge passe au orange puis au vert. C’est parti ! Je file à toute vitesse sur les rails vertigineux du grand huit. Ma tête suit les virages qui s’enchaînent. Mon ventre commence à ressentir les loopings et la force centrifuge. Mon corps tout entier se prend au jeu. Le manège se termine, je suis en sueur. L’expérience est réussie.
Mais je ne veux pas en rester là, je veux comprendre comment ça marche ! Fouzi Louahem m’explique. L’Oculus est fixé sur la tête, en face d’un écran. Cet écran affiche une image stéréoscopique déformée numériquement pour inverser la distorsion optique créée par deux lentilles situées en face de chaque œil, dans le but d’augmenter le champ visuel et la définition en face de la fovéa. Un écran est placé sur le plan focal des lentilles situées dans le masque, de telle sorte que l’image virtuelle ainsi créée se trouve projetée à l’infini. Divers capteurs permettent de détecter les mouvements de tête de l’utilisateur, ce qui permet d’adapter en temps réel l’image projetée sur l’écran, afin de produire l’illusion d’une immersion dans la scène restituée. C’est presque chinois, mais bon j’ai à peu près saisi.
Quoi qu’il en soit, l’Oculus Rift n’est pas encore sorti sur le marché. L’avoir testé pendant Tropisme était donc une chance inouïe !
Fouzi travaille pour les Éditions du Bout des Doigts, une agence de publications digitales et de design d’interface. Design d’interface ? Mais qu’est-ce que cela veut dire ? “En gros c’est expliquer aux gens où il faut cliquer, détaille Fouzi. Le design d’interface consiste à mélanger de manière harmonieuse images, vidéos, sons, et textes.” L’agence EBD est chargée entre autres de développer du contenu pour Oculus Rift.

Et si on combinait binaural et Oculus, ça donnerait quoi ? Des expérimentations sont en cours. Peut-être qu’un jour on pourra voir et entendre à travers les yeux et les oreilles d’un personnage virtuel…

LIENS
> Un mix de binaural et de vision Oculus
> Suivez la chaîne YouTube du festival Tropisme 
> Le journal Libération du 13 mars consacré à la réalité virtuelle 

A propos

Margot VALEUR
Margot VALEUR

Margot Valeur est chargée de communication pour le festival Tropisme. Ses études littéraires l’ont conduite à l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, où elle obtient un certificat de compétence à la presse écrite. Pendant ses études, elle sent que la photographie est un complément sensible à l’écriture. Depuis elle pratique photo et journalisme de manière complémentaire et indépendante. En parallèle, Margot Valeur travaille en tant que chargée de projets et de communication dans des structures culturelles. Pendant quatre ans, elle a été chargée de projets au sein du festival de photographie documentaire, ImageSingulières, et a participé à la mise en place de la Maison de l'Image Documentaire à Sète. Pour Mu, Margot Valeur écrit des articles d'actualité, des portraits et des interviews.