En route pour le jardinage citoyen !

Intervention Guerrilla Gardening en bas de la rue du Pila Saint-Gély, à deux pas du Corum Photo © Marielle Rossignol

La journée spéciale “Agriculture urbaine” pendant le Festival Tropisme a permis de dessiner un tableau pluriel et poétique du phénomène. Autour de la table, pas moins de six invités, spécialistes savants ou militants, pour parler d’un métier en devenir. C’est le collectif Coloco, représenté par Miguel Georgieff, qui a été choisi pour animer la journée à travers une conférence-débat et des ateliers de pratique concrète.

Margot VALEUR
AUTEUR : Margot Valeur

Les pratiques et les expériences se croisent. Les échelles de temps et d’action varient du coin de rue à la ville entière, du jardinier d’un jour à l’apiculteur implanté. Le phénomène semble dispersé, éclaté et peu homogène. Pourtant une idée-force rejoint les agriculteurs urbains : nourrir les villes du futur en trouvant des solutions optimistes, poétiques et citoyennes.

Les villes colonisées par l’agriculture
Vergers-potagers urbains, ruches citadines, agriculture verticale, interventions vertes, fab lab à ciel ouvert… Les pratiques et les actions ne manquent pas. L’agriculture urbaine est riche de méthodes partagées, d’acteurs impliqués pour des formes et portées multiples. Le phénomène qui existe déjà à l’échelle de la planète est en train de renaître dans nos pays industrialisés. L’agriculture urbaine, chez nous les pays riches où la question de la subsistance ne se pose pas, est une tendance, une mode. Contrairement aux Pays du Sud où l’agriculture en ville est ancrée dans les habitudes alimentaires, l’objectif est plus symbolique. L’agriculture intra-muros est une façon de changer nos modes de vie, de renouer avec la terre et la campagne, de remettre à l’honneur l’autoproduction et le partage et surtout de se reconnecter les uns les autres autour de choses simples.
L’agriculture urbaine et périurbaine est omniprésente, quel que soit le continent. Elle est déjà utilisée par environ 700 millions de citadins (1 personne sur 4 environ dans le monde), et si la tendance se poursuit, en 2030, la presque totalité de la croissance de la population se fera dans les villes des pays émergents et environ 60 % des habitants de ces pays seront des urbains.

Des graines pour transformer une friche urbaine en potager Photo © Marielle Rossignol
Des graines pour transformer une friche urbaine en potager
Photo © Marielle Rossignol

De la friche au fruit
Bon et concrètement, l’agriculture urbaine ça ressemble à quoi dans nos communes françaises ? En région parisienne, Natureparif joue un rôle fédérateur dans les actions de jardinage citoyen. Les acteurs du mouvement tentent de réinventer la ville en créant des espaces de respiration pour les habitants. “À Paris, il y a moins d’un mètre carré d’espace vert par habitant, explique Antoine Lagneau chargé de mission pour l’agriculture urbaine au sein de Natureparif. Des espaces en friche ou abandonnés qui n’attendent qu’à être cultivés, il y en a partout à Paris !” Natureparif s’associe à de multiples acteurs pour réveiller les consciences des Parisiens et faire surgir des archipels de verdure au cœur de la capitale. Installations de ruches sur les toits, recyclage et récupération, créations d’espaces potagers et fruitiers entre les boulevards… L’idée est d’agir, de dépasser les procédures parfois afin de créer une grande boîte à idées pour les décideurs publics.
De son côté, Kris French cultive le lien social à Montpellier. Jardinière au sein de VerPoPa, et agricultrice périurbaine avec Terra Coopa, elle initie la permaculture au cœur du quartier Malbosc et aux alentours de Clapiers. Elle vient tout droit de New-York où elle a fait ses premiers pas, avec de la culture de petits pois sur les toits et un jardin potager sur bateau. Sa valise est chargée de bonnes idées, pleine de graines à semer. 2300 m2 de terrain sont mis à disposition de l’association par la Mairie de Montpellier. Pas de propriété, pas de parcelles individuelles. Tout est partagé dans le verger-potager. Chaque action est proposée sous forme d’atelier ouvert à tous et gratuit, où tous les âges et toutes le origines se rejoignent. Le terrain n’est pas très fertile, les moyens sont limités et les connaissances scientifiques manquent parfois… “Tout ce que l’on fait à VerPoPa est pédagogique, explique Kris French. Dans ce mouvement de transition, il nous paraît très imortant de créer du lien avec les anciens car ce sont eux qui nous apportent le plus de savoir-faire et de connaissances.” Ainsi chaque parcelle cultivée à Malbosc est une expérimentation. “Nous ne sommes pas des agriculteurs de demain, on est déjà à fond aujourd’hui !, poursuit Kris. Plus que de la nourriture, on y cultive l’espoir.”

Kris French agit pour VerPoPa et Terracoopa où elle développe la permaculture urbaine et périurbaine. Photo © Margot Valeur
Kris French agit pour VerPoPa et Terracoopa où elle développe la permaculture urbaine et périurbaine.
Photo © Margot Valeur

Des champignonnières au coin des rues
Tout en haut de l’hexagone, du côté de Lille, Les Saprophytes inspirent des projets urbains par des initiatives collectives à travers le design et l’agriculture. Leur point de départ, c’est le champignon. “Un organisme est dit saprophyte s’il est capable de se nourrir de matière organique en décomposition. La plupart des bactéries saprophytes sont inoffensives pour l’Homme. Leur action principale est le recyclage de la matière (surtout végétale) qui participe au maintien de l’équilibre biologique dans la nature.” La culture du champignon est facile. Et l’image du champignon est sympathique. Ainsi, le collectif trouve intéressant d’introduire les notions de réappropriation de la terre par le côté ludique et l’installation de champignonnières.
Pascaline Boyron, paysagiste et graphiste, revient de Détroit avec un projet qu’elle souhaite appliquer à Fives, un quartier populaire et industriel à l’Est de Lille. L’association installe un lieu ressource au cœur du quartier. À l’échelle du quartier, un réseau de compétences se tisse, et une véritable activité jardinière se développe. Des points de récolte de compost sont disposés au coin des rues, des récoltes sont organisées sous forme d’événements, des ateliers de formation sont proposés aux futurs agriculteurs urbains de Fives…  “Dans l’association, nous ne sommes pas des experts en urbanisme ou en agriculture, donc nous apprenons en faisant, au contact des gens qui viennent nous aider, détaille Pascaline. Notre but est de valoriser les hommes et de révéler les lieux.” Qui sait, peut-être qu’un jour, Les Saprophytes parviendront à créer un label Made in Fives !

Guerrilla Gardening est un mouvement d'action international pour le jardinage citoyen en ville. Photo © DR
Guerrilla Gardening est un mouvement d’action international pour le jardinage citoyen en ville.
Photo © DR

Camarade, lève toi, prends ta faucille et ton râteau !
Un autre mouvement, plus radical et alternatif encore, propose ses actions à l’échelle internationale. Guerrilla Gardening s’enracine dans les pratiques des “Green guerilla” new-Yorkaises, de RTF (Reclaim the Fields), ou bien encore du squat, à l’origine un mot désignant l’occupation de terrains par les paysans… Les activistes de Guerrilla Gardening invitent à l’action spontanée et se revendiquent jardiniers citoyens. Leur arme principale : les plantes ! Ils n’attendant pas les autorisations pour occuper les espaces délaissés, et agissent au profit d’une émergence végétale quelle qu’elle soit. Leurs actions sont surprenantes, expérimentales, conviviales ou bien encore artistiques. Guerrilla Gardening milite pour un retour au concret, au sensible, à l’utilisation du corps. Le mouvement fonctionne laboratoire d’idées concrètes explorant les limites de l’art des jardins.
Mais bien souvent, les interventions de Guerrilla Gardening, tout comme les ZAD (Zones à Défendre) dont les mouvements sont affiliés, sont considérés comme des dégradations de l’esspcae public. Les militants risquent des amendes ou bien la prison.

Chercher la petite bête
Oui, en ville, la campagne n’est pas toujours la bienvenue. Le coq qui chante à 5h du matin, les odeurs de crottin, les piqûres d’abeilles… Ça fait désordre ! Les ruches sur les toits ce n’est pas si tendance. Sébastien Ledentu, gérant d’urBee, a le projet de fédérer les apiculteurs urbains et les habitants de la métropole de Montpellier. À travers l’exemple de Los Angeles, Hong Kong, Londres ou bien New-York, il tente de revaloriser l’abeille comme indicateur de biodiversité et indispensable pour la pollinisation de certaines cultures.
On note l’affiliation de chaque projet avec les mouvements américains, anglais ou canadiens. C’est au cœur de mégalopoles ultra urbanisées, à la pointe de la technologie, que les premiers mouvements d’agriculture urbaine ont germé. Green Guerrilla à New-York, Mouvement en Transition en Grande-Bretagne, le Collectif de recherche en aménagement paysager et agriculture urbaine durable au Québec… Montréal et Montpellier sont ainsi “agri-connectées” !

Certes, les grands inspirateurs de nos mouvements locaux viennent de loin, mais leurs objectifs restent les mêmes. Trouver des solutions collectives alors que les villes ne pourront échapper à leur croissance et seront forcées de nourrir leurs hommes. Mais le défi de villes auto-soutenables paraît encore une utopie…

 

LIENS
Les projets présentés à Tropisme
> Coloco : www.coloco.org
> Natureparif : www.natureparif.fr
> Ciel, mon radis ! : www.cielmonradis.com
> VerPoPa : verpopa.wordpress.com
> Terracoopa : www.terracoopa.net
> Les Saprophytes : www.les-saprophytes.org
> Guerrilla Gardening : guerilla-gardening-france.fr/wordpress

 Des articles sur la journée agriculture urbaine
> Quartiers en transition : “À Montpellier, l’homo agriurbanus et la guerilla gardening…”
> Cityzen Project : “Ma première guerilla gardening

A propos

Margot VALEUR
Margot VALEUR

Margot Valeur est chargée de communication pour le festival Tropisme. Ses études littéraires l’ont conduite à l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, où elle obtient un certificat de compétence à la presse écrite. Pendant ses études, elle sent que la photographie est un complément sensible à l’écriture. Depuis elle pratique photo et journalisme de manière complémentaire et indépendante. En parallèle, Margot Valeur travaille en tant que chargée de projets et de communication dans des structures culturelles. Pendant quatre ans, elle a été chargée de projets au sein du festival de photographie documentaire, ImageSingulières, et a participé à la mise en place de la Maison de l'Image Documentaire à Sète. Pour Mu, Margot Valeur écrit des articles d'actualité, des portraits et des interviews.