DJ Toffee : le mix collectif

Portrait de DJ Toffee © Margot Valeur

Il multiplie les noms, les expériences, les collaborations et les inspirations. Christophe Goutes alias DJ Toffee ou encore Matgorski, est un DJ multifacettes. Chacun de ses sets raconte une histoire. Ce designer du son pense la musique à la manière d’un architecte, et son plaisir, il le prend dans l’alternatif et le collectif.

Christophe aka Dj Toffee fait ses premiers pas de DJ en 1992, entre Rodez et Toulouse. Très influencé par la scène house, hardtech et triphop de l’époque, il construit son univers sonore, qui ne cessera d’évoluer par la suite. “Les Anglais débarquaient en France avec le Technival, la house accélérée, se souvient-il. C’était une musique très minimale et mentale. Et pas si trash. En parallèle, le trip hop était en première ligne avec Ninja Tunes, Wall of Sound… J’ai baigné dans ces sonorités.”

Univers éclectique

Très vite, Toffee, de son surnom, emprunte la route de l’alternatif. En 1995, il monte un collectif où musique, graphisme et installation vidéo se rejoignent sur scène. “La Ink” (Collectif Inkorporation) naît à Toulouse de sa rencontre avec deux vidéo jockeys anglais Milosh Luczynski (aka Milosh) et Jude Grenaway (aka Scanone / Yellow Machine), et du DJ français Cédric Marszewski (aka Pilooski / Discodeine). Pendant 10 ans, le collectif mixe DJ sets et installations vidéo. “À l’époque on n’avait pas logiciel de Vjing, explique Christophe. On mixait avec du Super 8, de la VHS ou encore des diapos.”

DJ Toffee ne se revendique pas d’un courant musical en particulier. Il puise sa matière sonore aussi bien dans la Drum and bass, l’électro, le jazz, le hip-hop que la musique latine. Avec à chaque fois cette intention d’emmener celui qui écoute dans une histoire. “Je n’aime pas les sons trop durs, détaille Christophe. J’aime faire monter le son tout doucement, aller chercher l’énergie du danseur petit à petit.”

En 1998, DJ Toffee pose ses valises à la capitale. Il devient successivement résident au Nouveau Casino puis au Pulp. C’est dans ce contexte de clubs parisiens qu’il essaie de changer les habitudes, imposer de nouveaux concepts. Au Pulp notamment, il organise avec Jérôme Schmidt (Editions Inculte), les soirées atypiques baptisées “C.O.M.P.O.S.I.T.E.”. Les soirées sont beaucoup moins tardives (ouverture à 21h), et elles conjuguent lives vidéo, mixes, performances d’artistes et d’écrivains. L’idée de sortir le DJ du monde de la nuit et du club commence à germer chez Christophe.

Danser où ça n’a pas lieu d’être

En 2004, sa carrière prend un virage. Christophe rencontre deux collectifs d’architectes, EXYZT et 1024architecture, avec lesquels il entame une collaboration d’un tout autre genre. Il est mu par une nouvelle mission : créer des environnements sonores dans des lieux a priori pas destinés pour la musique.

Sa passion pour le mix ne s’éteint pas, bien au contraire, elle se déploie vers d’autres sphères. Christophe sort des boites de nuit et pose ses platines dans les installations éphémères des collectifs d’architectes. Dimanche 8 mars, dans le Club 25 de Tropisme, DJ Toffee a proposé une session musicale d’après-midi tout à fait particulière. La salle est plongée dans le noir et les chaussures sont interdites à l’entrée. Plus que d’un set, il s’agit d’une invitation à la danse, un dialogue entre le lieu, la musique et le corps. Christophe travaille depuis quelques mois avec des danseurs contemporains autour du “body weather”, une technique de yoga créée au Japon. Le “body weather” est une formation complète du corps et de l’esprit qui se concentre sur les points de rencontre entre les corps et leur environnement. “L’idée c’est de mettre le corps dans un état de fatigue, de le débarrasser des énergies négatives, explique Christophe. Ensuite on essaie de faire prendre conscience au corps du lieu dans lequel il est, des éléments qui l’entourent.” Ghyslaine Gau, danseuse contemporaine, accompagne le set de DJ Toffee et guide les danseurs amateurs dans cette sorte de transe. Le son monte petit à petit, afin que les oreilles s’habituent au volume. Petits et grands, habitués des dancefloors mais aussi groove-débutants, toutes les générations et les styles transpirent ensemble, dans la même volonté : se laisser aller.  “On a voulu donner les clés aux gens pour libérer leur corps et transmettre la même énergie qu’il peut y avoir dans une boîte de nuit, mais sans alcool et à quatre heures de l’après-midi !” Et ça fonctionne.

Portrait de DJ Toffee © Margot Valeur
DJ Toffee par Margot Valeur

A propos

Margot VALEUR
Margot VALEUR

Margot Valeur est chargée de communication pour le festival Tropisme. Ses études littéraires l’ont conduite à l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, où elle obtient un certificat de compétence à la presse écrite. Pendant ses études, elle sent que la photographie est un complément sensible à l’écriture. Depuis elle pratique photo et journalisme de manière complémentaire et indépendante. En parallèle, Margot Valeur travaille en tant que chargée de projets et de communication dans des structures culturelles. Pendant quatre ans, elle a été chargée de projets au sein du festival de photographie documentaire, ImageSingulières, et a participé à la mise en place de la Maison de l'Image Documentaire à Sète. Pour Mu, Margot Valeur écrit des articles d'actualité, des portraits et des interviews.