Camille Alcover, changemaker du web culturel

Camille Alcover La French Team © Marielle Rossignol

On s’est dit qu’on pourrait adapter certaines pratiques du monde marchand et les mettre au service du secteur culturel”. Voici l’ambition première de la French Team, l’agence parisienne qui accompagne depuis 2015 tous les acteurs culturels face à la mutation du secteur. Révolution numérique, crise des financements, nouveaux business models… les entrepreneurs créatifs ont besoin de structures comme la French Team pour concrétiser et développer leur projet. Véritables Batman et Robin de la culture, Aurélien Guillois et Camille Alcover ont développé une complémentarité qui matche. Issue d’un parcours “business”, Camille est la formatrice et la speaker de la bande. Aurélien a quant à lui un profil 100% culture. Il gère la communication, anime les plateaux médias, et s’occupe de la veille et de l’administration de l’agence.  A côté de la French Team, ils ont développé un média en ligne, “Cultureveille” qui informe gratuitement tous les acteurs culturels sur les évolutions et les nouvelles pratiques de leur secteur. Une vraie mine d’or. Notre coopérative culturelle se reconnaît pleinement dans les valeurs de ces acteurs. Nous partageons une ambition commune : proposer des formations adaptées aux nouvelles pratiques du secteur culturel et aux nouveaux usages. C’est tout naturellement que Camille a rejoint l’équipe des experts de notre formation Entrepreneur culturel à l’ère numérique depuis sa première édition en 2016. Spécialiste en stratégie marketing, elle a pour mission d’aider nos porteurs de projet à construire leur discours pour mieux fédérer et toucher leurs cibles. On a profité de son passage chez illusion pour lui poser quelques questions. Conseils et outils d’une changemaker web culturel…

Camille Alcover La French Team © Marielle Rossignol
Intervention de Camille Alcover dans la formation Entrepreneur culturel à l’ère numérique © Marielle Rossignol

Anne-Charlotte Eriau : C’est quoi pour vous un bon entrepreneur culturel ?

Camille Alcover : La première qualité d’un entrepreneur, c’est la résilience. Savoir rebondir après un échec, savoir se remettre en selle, adapter son projet, accepter de remettre en cause ses croyances et avancer.

ACE : Quelle entreprise culturelle vous a récemment marquée et pourquoi ?

CA : Je suis admirative de Netflix, essentiellement pour son évolution et sa capacité à s’adapter aux mutations de son marché. Qui se rappelle qu’en 1997, c’était une société qui louait les DVD en les expédiant par courrier ?
Dans les années 2000, ils ont commencé à sentir le vent changer. Ils ont abandonné les supports physiques et se sont lancés dans le streaming vidéo sur Internet. Et plus récemment, ils ont compris que le contenu était la clef, et ils ont commencé à produire leurs propres films et séries, avec le succès qu’on connaît.

C’est difficile, en tant qu’entreprise, d’accepter de remettre en cause son modèle. C’est déjà dur quand on est un jeune entrepreneur avec rien à perdre… Alors imaginez quand on est déjà une grande entreprise avec des milliers de clients ! Cette entreprise a su accueillir les mutations et s’adapter efficacement. C’est impressionnant.

ACE : “Be seen or die” : le marketing, une compétence indispensable aujourd’hui pour les entrepreneurs culturels ?

CA : Il est important que, dans l’équipe projet, quelqu’un se préoccupe en effet de marketing. Mais il ne faut pas s’en faire une idée figée ou artificielle ! Le marketing ce n’est pas une suite de compétences techniques et de “trucs” à maîtriser pour faire le buzz sur les réseaux sociaux.

Le marketing, c’est avant tout être capable de parler de son projet d’une manière fédératrice, qui donne envie aux gens de s’y rallier et de le soutenir. Avant toute chose, la démarche doit être authentique. On le voit bien, quand une marque essaie de nous “vendre” une proposition qui ne colle pas avec qui ils sont vraiment, ça ne prend pas. Ce sont les émotions et l’authenticité qui créent des liens avec les gens. C’est de là que doit venir la démarche marketing. Et oui, il est indispensable de se demander “comment vais-je créer un lien avec mon audience, mes partenaires, mes clients ?” Si ceux-ci ne nous identifient pas, et ne comprennent pas ce que nous faisons, il nous sera très difficile de survivre dans l’environnement culturel actuel, où les offres ne manquent pas.

ACE : Que peut apporter une approche marketing à une entreprise culturelle ?

CA : Je suis toujours surprise de la méfiance des acteurs culturels à l’égard du marketing. En même temps, je la comprends en partie. On identifie souvent le marketing à l’idée de vendre toujours plus de gadgets (plus ou moins utiles) à des clients avides de consommation. C’est vrai que pour une entreprise culturelle qui se préoccupe du sens de son action, ça ne fait pas rêver.

Mais si on voit le marketing comme le moyen de véhiculer les valeurs d’un projet, là l’apport pour une entreprise culturelle prend une autre dimension. L’approche marketing va permettre d’identifier quels sont les éléments de notre projet qui vont entrer en résonnance avec notre cible. Elle va permettre de construire le discours autour de ça. Le résultat, c’est que les personnes que nous espérons toucher (partenaires, clients ou audience) adhéreront d’autant plus facilement à notre projet.

Un autre apport sera d’être capable de mieux identifier quelles sont les personnes qui vont naturellement être sensibles à notre projet. Plutôt que de s’épuiser à essayer de convaincre la terre entière, on va pouvoir se concentrer sur ces gens-là. Donc, moins de temps passé à communiquer tous azimuts et à se prendre des portes au nez.

Camille Alcover La French Team © Marielle Rossignol
Intervention de Camille Alcover dans la formation Entrepreneur culturel à l’ère numérique © Marielle Rossignol

ACE : 5 conseils pour définir sa stratégie de communication web :

CA : 1/ Définir quelle est notre mission, ce pour quoi nous nous levons tous les matins, notre “why”.

2/ Déterminer quels sont les personnes qu’il est important de toucher. Ce ne sont pas que des clients ! Il peut s’agir de partenaires, de financeurs, de bénéficiaires, d’influenceurs…

3/ Choisir les canaux de communication qui vont nous permettre de les atteindre . Dans le cas du Web, il s’agira de se poser la question du site Internet, de l’emailing, choisir sur quels réseaux sociaux et quelles plateformes être présent… J’en profite pour rappeler qu’il faut aussi penser aux canaux “offline” : sur quels événements dois-je être présent ? Y a-t-il des actions de “street marketing” qui pourraient faire mouche ? Etc.

4/ Développer des contenus qui permettent de mettre en valeur notre mission… Mais sans parler uniquement de nous ! Par exemple, si on a un projet d’ateliers artistiques qui visent à favoriser l’intégration de certaines populations, on peut faire une interview d’un des participants, qui expose ses difficultés et les défis qui l’attendent…

5/ Déployer ces contenus, les faire relayer par nos proches, des influenceurs, sur des pages tierces ou des groupes, susciter des interactions de la part des gens qui nous suivent…

Je rajouterai un 6 : Se fixer des objectifs… réalisables. Il n’est pas réaliste de se dire qu’on va publier 2 fois par semaine sur 3 réseaux sociaux différents si on n’a jamais eu aucune stratégie de ce côté. Mieux vaut y aller petit à petit, se dire qu’on va poster une fois par semaine sur Facebook par exemple, une photo, un lien vers notre dernier article de blog, une petite vidéo…

ACE : Quels groupes facebook, comptes twitter et/ou comptes instagram conseilleriez-vous à des entrepreneurs culturels pour s’inspirer des tendances en web communication ?

CA : Je n’ai pas envie de vous faire une liste de sites très sérieux qui seront une corvée à suivre. Je préfère vous donner quelques comptes plutôt drôles mais qui reflètent bien ce qui se passe sur le Web et les réseaux sociaux, et qui donnent envie de les lire tous les jours. Petit à petit, en les consultant, on finit par se dire que la communication Web, ça peut être autre chose qu’un pensum !

Le compte Facebook de CM Hall of Fame donne des exemples de ce qui se fait de plus drôle en termes de community management. Ca illustre bien le fait que les codes de la communication sur les réseaux sociaux peuvent être moins institutionnels qu’ailleurs… Mais requièrent une solide dose de “zénitude”, une capacité à rebondir sur l’actualité ou les prises de parole des autres, et une bonne dose de recul par rapport aux réactions du public !

Le compte Twitter de l’artiste Julien Doré est un de mes favoris : décalé, il ne se prend pas au sérieux et donne de lui-même une image très sympathique. Ce n’est pas facile de bien maîtriser les codes de Twitter (ce n’est pas un outil à laisser entre toutes les mains, n’est-ce pas Mr Trump ?) mais Julien Doré s’en sort à merveille.

Le compte du magazine Influenth est plus sérieux, mais est une bonne source d’inspiration sur ce qui se fait sur les différents réseaux sociaux.

Le compte Facebook de Marmiton est aussi un exemple intéressant. C’est un compte animé et qui mobilise bien ses fans, alors qu’ils produisent un contenu assez simple… Mais en misant beaucoup sur l’interaction. Et ils renouvellent pas mal leurs formats.

Camille Alcover La French Team © Marielle Rossignol
Intervention de Camille Alcover dans la formation Entrepreneur culturel à l’ère numérique © Marielle Rossignol

ACE : Quels sont les outils indispensables pour communiquer sur le web ?

CA : Il y en a tellement ! Voici une petite liste.

En tout premier, on peut citer Google Analytics, qui permet de suivre ce qui se passe sur son site Internet : qui vient, combien de pages vues, est-ce qu’ils consultent telle ou telle page…

Buffer, qui permet de réaliser un calendrier éditorial et centraliser les comptes des différents réseaux sociaux sur une seule plateforme. Ou alors Social Pilot, le concurrent de Buffer, il fait la même chose. En mieux ?

Scoop.It permet de faire de la curation de contenu et de suivre d’autres acteurs qui veillent sur des thématiques ou secteurs d’activité.

Canva, pour réaliser facilement des supports de communication digitale quand on est pas graphiste. Et aussi pixabay, Freepik ou Iconfinder pour trouver des ressources graphiques libres de droit.

Sniply, pour créer des “call to action”, boutons permettant à l’audience de se diriger vers votre produit ou site.

Mailjet, pour créer des newsletters et gérer ses fichiers de prospect.

Sumo, pour paramétrer des outils (formulaires, boutons, …) permettant de faire du “growth hacking”.

ACE : Quels sites ou blogs vous inspirent ?

CA : https://www.thefamily.co/ et leur chaîne Youtube.
Sinon, on a fait un article sur Cultureveille sur les 10 sites à suivre pour les professionnels de la culture : https://cultureveille.fr/10-site-a-suivre-professionnels-de-culture/

On rajoute dans la liste de Camille, la chaîne youtube de Cultureveille !

Merci Camille.

Nous remercions vivement tous les intervenants ainsi que les partenaires de cette édition : SophomoresAlter’IncubXtrem’upHobbystreetChuckCome’N’WorkCultureveille,
MakeSenseNewake.

Lisez la story de la formation Entrepreneur culturel à l’ère numérique 2017 dans cet article > Fin de formation : 9 entrepreneurs culturels prêts à décoller !

Vous souhaitez intégrer la promo #3 de la formation Entrepreneur culturel à l’ère numérique ?
Elle aura lieu à l’automne 2018. Contactez-nous !

 

A propos

Anne-Charlotte Eriau
Anne-Charlotte Eriau

Anne-Charlotte Eriau est chargée de projets culturels chez illusion & macadam. Elle accompagne des entrepreneurs culturels et créatifs à structurer leur projet. Elle collabore également au développement d’une future halle créative pour l’automne 2018 à Montpellier, inspirée des tiers-lieux et initiée par la coopérative.

Laisser un commentaire